Mon livre «Aquarelles de Chine : Jiangnan» sera présenté à la Foire du Livre de Bruxelles.
Je serai présente pendant le week-end du 6 et 7 Mars pour signer mes livres.


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Carnet de voyage «Aquarelle de Chine»Vous pouvez trouver mon livre :
Il n’y a pas de petite querelle – Trek Jour 4 – Yendouma
Deux margouillats se battaient ardemment devant l’entrée d’une petite case en paille, habitée par une vieille dame, qui s’y reposait alors, à l’abri de la chaleur soutenue qui pesait à l’extérieur. Le fils de la maison, parti pour quelques mois à la poursuite d’aventureuses péripéties, confia à son fidèle chien, avant de quitter le pays, la garde du seuil de la maisonnette.
Le chien, outré devant les manières des deux ridicules reptiles, exigea d’eux l’arrêt des hostilités. Le chien apostropha alors la chèvre et lui fit une requête analogue. « Crois-tu que ma vie est si misérable qu’il me faut résoudre des problèmes de telle envergure ? » se moqua la sale bique dédaigneuse.
Le taureau, le mouton et le cheval déclinèrent de même la sollicitation, chacun leur tour, avec suffisance. C’est alors que les margouillats accentuèrent la violence de leur joute, au point de tomber tous deux dans un panier dogon (tressé, à fond carré et à l’ouverture circulaire) rempli de coton. La vannerie, égueulée, chancela, jusqu’à se rapprocher dangereusement du foyer extérieur qui lui noircit tout d’abord les tigelles puis qui On envoya alors chercher son fils, à cheval, mais le fils ne fut retrouvé que bien loin, l’étalon en mourut d’épuisement. On égorgea le coq pour nourrir l’entourage lors de la veillée funéraire et, comme le veut la tradition, on accomplit enfin les trois sacrifices permettant à l’âme de rejoindre ses ancêtres : un jour après les funérailles la chèvre fut liquidée, une semaine plus tard, ce fut au tour du pauvre mouton, enfin, pour sceller la cérémonie funéraire, 40 jours après le décès, le majestueux taureau fut promptement zigouillé.
Il n’y a pas de petite querelle …
(NB : je n’ai rien trouvé concernant ces 3 sacrifices dans les quelques descriptions de rites funéraires chez les Dogon que j’ai rapidement parcourues sur le web, en revanche je suis tombée sur la narration de rites similaires chez les Soninké).
Après quelques récits de la même veine (sanglants et moralisateurs), repos salvateur sous les étoiles qu’il y a bien longtemps, les femmes décrochaient pour les donner à leurs petits. « Ceux-ci les perçaient d’un fuseau et faisaient tourner ces toupies de feu pour se montrer à eux-mêmes comment fonctionnait le monde ». (Ogotemmêli – Dieu d’eau – M. Griaule). 1kg de thé pour 5 kg de sucre - Trek Jour 4 – Yendouma
Ca va les bonbons ? Trek Jour 4 –Tiogou - Yendouma
Sur la place du village, des enfants miment les cérémonies si célèbres des masques Dogon, le Sigui en particulier, qui a lieu tous les 60 ans (le prochain aura lieu en 2027, prenez date). Cette fête suprême commémore le plus vieil ancêtre ressuscité sous forme de serpent, l’illustre Lébé, créature pourvoyeuse de forces (mais aussi protectrice des placentas, pas de sot métier).
Imaginez-vous quelle fut la surprise des hommes qui, trop à l’étroit dans leur bourgade (quelque part dans le pays Mandingue) au point de la quitter pour conquérir l’actuel pays Dogon, tombèrent nez à nez avec ce gros reptile gluant alors qu’ils cherchaient à déterrer les os de leur aîné, que l’on ne pouvait définitivement pas abandonner là.
Aujourd’hui encore, on dit que le Lébé vient chaque nuit enduire de sa salive le corps du chef spirituel Hogon, pour l’imprégner de vigueur et de puissance.
Les enfants dansent sur la place publique que domine un énorme figuier, au rythme de tam-tam imaginaires et de factices clochettes. En guise de kanagas ou de masques zoomorphes, ils portent des feuilles percées de trous et traversées d’un bâtonnet de bois.
On a sacrément rigolé. D’autant plus qu’ici les enfants ne vous harcèlent pas de : Ca va les bonbons ? Toubab bidon ? (blanc, donne moi ta bouteille) Toubab le bic ? et autres interpellations qui je vous l’assure, malgré toute votre bonne volonté, vos velléités de compréhension et de discernement, finissent par vous taper sacrément sur le système. Désastreuses conséquences d'actes de touristes qui s’imaginent bien faire alors qu’en réalité ils pervertissent un fragile équilibre. Ne donnez rien directement aux enfants, leurs parents en feront des mendiants et ils se retrouveront à apostropher les toubabs de sobriquets dont ils ne comprennent pas même le sens. Si vous souhaitez aider, passer plutôt par les directeurs d’école, les guides ou les chefs de village (encore que certains principes de redistribution sont parfois discutables). Pas de dentiste à tous les coins de rue en pays Dogon, évitez les distributions de sucreries ...
Expérience beaucoup plus délectable ici donc, nous sommes pris d’assaut par nos petits danseurs en herbe mais il s’agit d’une saine curiosité, réciproque par ailleurs.
Nous longeons la falaise recouverte d’or pour rentrer à Yendouma, précédés de femmes en file indienne, à la stature droite et farouche, malgré les lourdes charges qui pèsent sur leur crâne. Nous les observons longuement, plongés dans une certaine humilité … La course à l’échalote - Trek Jour 4 – Yendouma –TiogouDélicieuse sieste sur le toit du campement à Yendouma. Nous dormirons là ce soir, et partons donc légers pour l’après-midi vers le village de Tiogou, encastré dans un pli de la falaise à 4 km de là. Au fur et à mesure que nous approchons de la bourgade, la densité des champs verdoyants augmente, et avec elle le contraste surprenant avec la sécheresse alentour. Les jardins sont composés de petits carrés d’un mètre de côté ourlés d’une levée de terre destinée à retenir l’eau. Echalotes et tomates essentiellement. Ces parcelles maraîchères, petits miracles dogon, sont entourées de clôtures faites de tiges de mil, pour décourager chèvres et moutons. Des calebasses, utilisées pour l’arrosage, sont disséminées dans les allées.
Nous croisons une stèle phallique sacrée, lieu de libations de bouillies de mil déversée afin de garantir les prochaines récoltes. Celle du mil a été faite en octobre, les tiges sèches recouvrent à présent les tristes champs. « La terre allait attendre pendant toute une saison de vents et de soleil qu’on lui ouvre à nouveau le ventre. On n’entendrait pas avant longtemps les paysans nommer le mil d’après sa hauteur, tout au long d’une croissance anxieusement observée, encouragée par le sang des volailles sur les autels, par les prières infinies, par les précautions compliquées. On n’entendrait pas avant des mois appeler « nez poussé » la première apparition des tigelles, « queue de coq » la première courbure de la feuille caressée par le vent, « mottes cachées » la disparition de la terre sous la verdure, « avale bêtes » les tiges assez hautes pour masquer un mouton. » (M. Griaule) Foire du Livre de BruxellesMon livre «Aquarelles de Chine : Jiangnan» sera présenté à la Foire du Livre de Bruxelles.
La Kola sans coca – Trek Jour 4 - Yendouma
Ah … Yendouma et ses petits greniers en équilibre sur des pans rocailleux de guingois … Nous grimpons, avant le déjeuner, jusqu’à la Toguna, échangeons de longues politesses avec le chef du village à qui nous offrons quelques noix de kola aux vertus aphrodisiaques et antidépressives. Nous sommes très friands de ces litanies polies égrenées au fil de nos rencontres :
Aga po (Bonjour) u seewo? (Comment allez-vous ?) se seewo (Très bien, merci.)
djini seewo? (Comment ça va votre famille?) yana uwo seewo ? (Comment va la femme ?)
seewo (Bien) … (tout y passe, les affaires, la maison, les champs et les moutons) Po – (Merci). Yah Poo (Merci).
Un de ses acolytes tresse une corde à l’aide de fibres d’écorce de baobabs ; en fond sonore, les quolibets des quelques autres vieux qui semblent postés ici depuis des siècles. Perchés sur un rocher, nous surplombons l’agglutinement des petits chapeaux de sorcière, projetés par Amma de façon erratique entre les maisons. Sur le toit plat des habitations sèchent de petits tas orange ou noirâtres, des graines, probablement du sorgho, du fonio peut-être ? Nous apercevons ça et là des fagots de longs épis couverts de minuscules perles globuleuses, du millet sans doute. Le piton des trois Youga, d’où nous arrivons, s’étire paresseusement au loin. Sourire un peu niais sur ma mine réjouie. Je crois qu’en cet instant, au milieu de ces sages bonshommes, j’ai précisément capté ce que j’étais venu chercher là : le ciel bleu, ces silhouettes hors du temps, et cette distance largement raisonnable avec ce que j’exècre et ce que j’aime à outrance de ma petite vie bourgeoise. Nous sommes restés là, une heure peut-être, scrutant minutieusement ce qui semblait à cette hauteur n’être qu’une maquette, en nous goinfrant de mangues, nos faces fouettées par la brise tiède, et nos muscles bourrés d’acide. Et sacrément heureux d’être là … Le corbeau et la cuillère à tô -Trek Jour 4 – Youga Piri – YendoumaLes premiers rayons du matin effleurent les petits personnages de bois qui recouvrent la sublime porte sculptée du cagibi dans lequel nous avons dormi. Bien rodés maintenant, nous remballons nos affaires avec une formidable efficacité, même Matthieu et les 28 sachets composant son Karrimor SF (le sac des forces spéciales britanniques, il fallait au moins ça pour s’attaquer aux adversités maliennes) sont sur le qui-vive avec ponctualité, sans doute la toute première fois depuis notre atterrissage à Bamako voilà une semaine.
Nous croisons des femmes, un peu farouches, qui pilent le mil. Je voudrais les photographier, capturer leur élégance, leur labeur sans relâche, mais les Dogons n’aiment ni les photos ni les touristes en mal de portraits exotiques qui souvent considèrent leurs villages comme des musées vivants. Et on les comprend …
Nous redescendons vers la plaine et entamons la traversée de l’étendue sablonneuse qui nous sépare de la falaise de Bandiagara. La poussière orange que charrient les airs nous polit le visage. Nous sommes à l’affût, guettant le rollier d’Abyssinie, lorsqu’un splendide spécimen nous fait l’honneur d’un petit ballet aérien, exposant avec orgueil son plumage éclatant : essentiellement bleu turquoise, brun-roux sur le dos. Le bout de ses ailes, bleu électrique, est ourlé d’une pointe de noir. Splendide.
Un peu plus loin, c’est un corbeau à cou blanc qui nous passe au-dessus, comme un écho aux légendes que Souley nous a contées la veille.
Un petit corbeau arrogant, persuadé d’être suffisamment habile pour défier les animaux de la plaine, participait à divers affrontements qu’il perdait systématiquement. Même le délicat kalapo, pas guerrier pour un sou, parvenait à l’humilier lors de leurs joutes [je n’ai trouvé aucune référence au kalapo sur le net, peut-être s’agit-il du kakapo, mais qu’est-ce que le kakapo viendrait-il faire en pays Dogon ??]. Et pourtant, lorsque le petit corbeau rentrait de ses éprouvantes journées, il vantait à sa mère ses propres mérites, lui décrivant de quelle façon il parvenait à distribuer des corrections aux animaux les plus redoutables de l’hostile nature africaine. Hyènes, lions, éléphants pliaient face à sa hardiesse et sa perspicacité. Sa mère ne cessait alors de le récompenser, se privant elle-même de nourriture pour combler le vaillant soldat [bon, quand même bien crédule la mère...]. Débordant de fierté, elle voulut observer les exploits de son intrépide progéniture. Les narrations pompeuses du petit corbeau ne la satisfaisant plus, il lui fallait le voir de ses propres yeux, terrasser les terribles ennemis dont il lui parlait tant. Lorsqu’elle constata que son fils, loin de dominer, se faisait fustiger à longueur de combats, ne remportant pas même le moindre petit duel, elle fulmina. Elle attendit son retour au bercail, se saisit de l’ustensile avec lequel elle fabriquait le tô [bouillie de mil traditionnelle] et le brûla au cou. Les plumes du petit repoussèrent blanches sur sa pauvre nuque, marque indélébile qu’il transmettra à sa descendance, châtiment corporel punissant ses paroles mensongères, un peu notre supplice des plumes et du goudron. Sacrément sévère. Je regarde attendrie le passereau, finalement bien plus intéressant que son cousin tout noir qui erre fréquemment au dessus des poubelles en lisière de ma forêt meudonnaise. Le petit chat est mort - Trek Jour 3 – Youga Dogourou – Youga Piri
Pour sortir des entrailles de la falaise, il nous faut nous hisser, parfois aidés d' échelles Dogon, ces troncs, dont l’extrémité fourchue repose sur la pierre et dont les marches étroites ont été taillées à la hache. Nous rejoignons le plateau, qui domine une mer de sable d’où ém
Nous marchons quelques centaines de mètres sur
La falaise de ce côté est polie et dorée, éclairée par le soleil déclinant, et semblable à une coulée verticale de boue pâteuse ; un petit air de décor artificiel. Les bogolans sèchent suspendus, les femmes utilisent ici en guise de teinture des décoctions de feuilles d’indigotier, et protègent certaines parties du coton tissé, vouées à rester blanches. Le village semble endormi en cette fin d’après-midi,
Nous arrivons suffisamment tôt au campement pour profiter des dernières minutes de lumière, je prends quelques notes dans mon carnet, vais saluer les voisins et leur cadavre de chat (semble-t-il) qui trône dans le passage qui nous conduit chez eux. Il s’agirait de la demeure du Hogon, le chef religieux, avec qui Matthieu s’entretient un peu, pendant que fièrement je baragouine les quelques bribes de langue Dogon que je maîtrise à présent devant les enfants qui se sont ici regroupés. C’est peut-être mon accent peu convaincant qui les rend hilares, ou mon allure déliquescente, à moins qu’il ne s’agisse de ma tignasse jaune, les longues chevelures blondes étant plutôt peu courantes dans la région.
Je mets fin à mon fantasme lorsque je réalise que l’eau que l’on nous apporte pour notre douche a été péniblement transp
Aquarelle de Chine : JiangnanMon premier carnet de voyage "Aquarelle de Chine : Jiangnan" est édité par éditions Sépia et sera publié en mois de mars. Il contient environs 150 aquarelles et 80 pages tout en couleur. Veuillez consulter mon site www.lan-artwork.com pour voir plus d'info. { Page précédente } { Page 1 sur 25 } { Page suivante } |
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